14 mai 1965 : Visite du général de Gaulle dans le Cher

C'est la deuxième visite officielle à Bourges du Président de la République après son voyage de mai 1959.

14 mai 1965 : Visite du général de Gaulle dans le Cher

C'est la deuxième visite officielle à Bourges du Président de la République après son voyage de mai 1959. 

Deux institutions sont au programme de ce déplacement : la station de radioastronomie de Nançay, pour ses installations géantes prometteuses, et la maison de la Culture de Bourges, que le Président aurait sans doute inaugurée en avril 1964 si une opération de la prostate ne l'en avait pas empêché.

L'ORTF consacre un long reportage à cette visite qui n'a duré que quatre heures, mais a compté de nombreuses étapes : Nançay, Neuvy-sur-Barangeon, Allogny, Saint-Martin-d'Auxigny et Bourges. L'historien Nicolas Mariot a montré que ces incursions rapides en province, ponctuées de nombreux arrêts, étaient typiques du style du général.

Quatre heures dans le Berry
Quatre heures dans le Berry

Le vendredi 14 mai 1965, sous un soleil de plomb, le Président de la République Charles de Gaulle effectue un voyage officiel dans le Cher.

Parti de Paris en début d'après-midi, il parvient en hélicoptère à Nançay à 16 h 00. Il survole la station de radio-astronomie avant d'en faire la visite en voiture, guidé par le directeur de l'Observatoire de Paris, Jean-François Denisse, et le responsable du centre, Emile Jacques Blum

"De Gaulle à l'écoute du cosmos"
"De Gaulle à l'écoute du cosmos"

Devant le radio-téléscope géant capable de capter les ondes émises à très longue distance, le général de Gaulle déclare : "je me rends compte que plus les problèmes sont abstraits, plus les moyens pour les résoudre doivent être simples".

De Nançay à Bourges...
De Nançay à Bourges...

Tout le long de la route qui mène à Bourges, le Président est attendu par une foule compacte. Le convoi fait halte à Neuvy-sur-Barangeon pour une visite à la fondation Maginot, puis à Allogny et Saint-Martin-d'Auxigny, où le Président salue le conseil municipal et les habitants venus l'applaudir.

Dans le hall de la maison de la Culture
Dans le hall de la maison de la Culture

Vers 17 h 30, le Président arrive à Bourges. Il passe les troupes en revue sur la place Séraucourt puis entre dans la maison de la Culture.  

Dans le hall, il salue le sculpteur Calder qui lui présente son stabile. Il est accomrpagné par le ministre des Affaires culturelles André Malraux, le député du Cher Jean Boinvilliers, le préfet Paul Escande, le directeur du Théâtre, de la Musique et de l'Action culturelle Emile Biasini, le maire de Bourges Raymond Boisdé et le directeur de la Maison de la Culture Gabriel Monnet. 

Calder, Picasso, Braque et Lurçat
Calder, Picasso, Braque et Lurçat

Le cortège parcourt l'exposition sur les arts décoratifs où sont présentées des oeuvres de Picasso, Miro, Braque, Chagall, Léger, Matisse et Le Corbusier. 

Le Président à la discothèque
Le Président à la discothèque

Avec Gabriel Monnet et Alfred Depège, c'est Jean Laisné qui accueille le président de la République à la discothèque. La presse rapporte leur dialogue :

"Combien avez-vous de disques ?"

"1800"

"Est-ce suffisant ?"

"Hum, hum", répond André Malraux. 

Les potiers à l'honneur au premier étage
Les potiers à l'honneur au premier étage

Sur la mezzanine, des vitrines présentent les réalisations des potiers de la Borne : Jean et Jacqueline Lerat, Elisabeth Joulia, Alexandre Foucher, Pierre Mestre, Jean Linard, Jean-Pierre Turpin, Michel Lévêque. Le général dit son admiration à Jacqueline Lerat en particulier : "mes compliments pour votre bouquet". Il félicite également Bernard Delagrange et Michel Aupetit pour leurs sculptures métalliques et se fait présenter les enseignants de l'école des Beaux-Arts. Dans les loggias de la cafétéria, il prend le temps d'admirer le panorama et l'exposition sur le secteur sauvegardé préparée par Jean Favière, directeur des musées de Bourges, et Henri Jullien, architecte en chef des monuments historiques. 

A la rencontre des acteurs et du public
A la rencontre des acteurs et du public

A 18 h 10, le Président entre dans la grande salle. Sur la scène, Emile Biaisini lui présente les directeurs des centres régionaux d'art dramatique : Roger Planchon de Villeurbanne, Guy Rétoré du théâtre de l'est parisien, Marc Netter du Havre et les frères Marrey d'Amiens. Il félicite les comédiens en costumes, en particulier Catherine Hubeau de la Comédie française, dans le rôle d'Agnès, et Henri Massadau.  

Discours sur la grande scène
Discours sur la grande scène

Le ministre des Affaires culturelles André Malraux prend le premier la parole.

" Mon général, au nom de ceux qui sont en face de vous, je veux vous dire les raisons fondamentales de travail d'un certain nombre de vocations qui vous entourent. Ils ne sont pas venus ici pour entendre parler de loisirs mais pour aider ces vocations dans l'ordre de l'esprit, car dans ces temps qui prennent l'homme hors du travail et qu'il faut bien appeler loisirs, il faut admettre l'existence de ces immenses usines de rêves. Celles-ci ont appelé les hommes à quelque chose q'ils ne connaissent pas, qui les prend à partir de ces moments de loisirs, quand ils sont en proie aux vieilles puissances démoniaques du monde : le sang, la sexualité et la nuit. Mais en face de la mort, on a compris qu'il n'y avait que l'immortalité de l'esprit. Pour des raisons mystérieuses, ceux qui sont ici ont compris que, tantôt avec la douleur, tantôt avec le rire, ils réapprenaient ce qui avait survécu avec les siècles. Ces raisons les ont guidés devant vous, je tenais à vous le dire en leur nom. [...]" 

Le général de Gaulle conclut.  

"Sous l'impression profonde des paroles que vient de prononcer André Malraux, qui est un des hommes depuis tous les temps qui est le plus qualifié sans doute pour réunir, pour faire un ensemble de ce que sont les diverses branches de la culture, sous cette impression, je veux dire bien simplement combien je me félicite d'être venu constater la réussite que représente cette maison. Elle a été faite, je le sais, je le vois, grâce à des initiatives autant que grâce à des volontés et grâce à des certitudes. Je les ai vues à l'échelon national, à l'échelon de la ville et aussi à l'échelon de toutes nos provinces, qui commencent, à l'exemple de cette maison, à vouloir en posséder autant.

La culture, dans notre monde moderne, ce n'est pas seulement un refuge et une consolation au milieu d'un temps qui est essentiellement mécanique, matérialiste et précipité. C'est aussi la condition de notre civilisation, parce que, si moderne qu'elle puisse être, et plus moderne encore qu'elle doive être, c'est toujours l'esprit qui la commandera. L'esprit, c'est-à-dire la pensée, le sentiment, la recherche et les contacts entre les hommes. C'est pourquoi, encore une fois, la culture domine tout. Elle est la condition sine qua non de notre civilisation d'aujourd'hui, comme elle le fut des civilisations qui ont précédé celle-là.

Et je me félicite encore une fois d'être venu parmi vous. J'en emporterai d'abord au point de vue général le sentiment d'une création et l'évidence d'une innovation, par conséquent quelque chose d'émouvant et d'encourageant en particulier. 

Bien entendu, j'ai retiré aussi quelques conclusions pratiques sur ce qu'il y a lieu que l'Etat continue de faire pour la culture française en général et pour cette maison de la Culture en particulier. Nous devons en créer d'autres. Un certain nombre était prévu par le IVe Plan, d'autres le seront par notre Ve Plan. Il faut faire aussi, sans doute, un centre national de diffusion culturelle, pour que tout ce dont nous disposons puisse se répandre et être connu par le plus grand nombre d'hommes et de femmes de chez nous. Il faudra aussi un centre de formation de nos animateurs de plus en plus complet et de plus en plus efficace. Et cela, je suis convaincu que le ministre d'Etat chargé des Affaires culturelles est l'homme le plus qualifié pour le faire, comme j'ai dit tout à l'heure qu'il était le plus qualifié pour comprendre, pour vouloir et pour faire connaître ce qui est l'esprit humain. 

Je vous remercie."

"Du présent, de l'avenir et du tendre passé"
"Du présent, de l'avenir et du tendre passé"

Cette citation, qui orne la façade de la maison de la Culture, semble avoir été choisie pour résumer le voyage du général de Gaulle, partagé entre préoccupations politiques contemporaines, célébration des progrès scientifiques et hommage au patrimoine littéraire.  

Après le départ en hélicoptère du Président de la République, qui rejoint Colombey-les-Deux-Eglises pour la fin de semaine, la troupe de la Comédie de Bourges donne l'Ecole des femmes devant une salle comble, avec André Malraux en invité d'honneur. 

Agenda spécial "14 mai 1965", p. 1
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 1

Un numéro spécial de l'Agenda de la maison de la Culture est publié à l'occasion du voyage du président de la République à Bourges.  

Agenda spécial "14 mai 1965", p. 2
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 2
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 3
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 3
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 4
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 4
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 5
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 5
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 6
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 6

L'agenda de 1965 reprend des discours prononcés par André Malraux et Raymond Boisdé lors de l'inauguration de la maison de la Culture en 1964.

Agenda spécial "14 mai 1965", p. 7
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 7
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 8
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 8
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 9
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 9

Après un an et demi de fonctionnement, l'agenda édité en mai 1965 fait le bilan de la fréquentation de la maison de la culture de Bourges et de son mode de fonctionnement. 

Agenda spécial "14 mai 1965", p. 10
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 10
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 11
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 11
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 12
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 12
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 13
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 13
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 14
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 14
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 15
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 15
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 16
Agenda spécial "14 mai 1965", p. 16