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Donation des châtellenies de Vatan et Buxeuil, 1394 (8 G 2017 [TSC 187]).

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Dossier préparé par Mélissa Barry, sous la direction d'Olivier Guyotjeannin et Olivier Mattéoni.


1394 (n. st.), 21 janvier. — Gien.

Jean, fils de roi de France, duc de Berry et d'Auvergne, etc., fait don perpétuel à son fils, Jean, comte de Montpensier, et à ses héritiers ou ayant-droits, des deux châtellenies de Vatan et Buxeuil, auparavant achetées par le duc à Hélie Trancheserp et à son épouse, Jeanne de Saint-Palais.

 

  • Le contexte historique

Si Jean de Berry déclare bien, dans l’exposé, avoir acquis les terres de Vatan et de Buxeuil de « messire Helie Trancheserp et de dame Jehanne de Saint Palais sa femme » et conserver par-devers lui les « lettres de l’acquisicion », il ne dit rien du contexte, particulièrement troublé, dans lequel la vente a eu lieu. Il faut en effet remonter à 1370, soit vingt-trois ans avant l’expédition du présent acte, pour apprendre que Jeanne de Saint-Palais avait été forcée de vendre ces deux châtellenies au duc, son seigneur féodal, pour financer la libération de son mari, Hélie Trancheserp, alors incarcéré et poursuivi par Jean de Berry en raison du meurtre de l’un des écuyers de celui-ci, le seigneur de Gizay. La vente étant particulièrement litigieuse, elle avait connu de nombreux rebondissements avant que Charles VI n’autorise son oncle à conserver les deux seigneuries, par lettres patentes de 1388 et 1389.

Le présent acte permet donc d’ajouter un élément à l’histoire des deux seigneuries berrichonnes, puisqu’elle nous apprend que, en 1393, Jean de Berry en avait investi à perpétuité son fils, Jean de Montpensier, et ses successeurs. Mais, la mort de Jean de Montpensier étant survenue dès 1397, les seigneuries ne tardèrent pas à revenir au duc.

On connaît mieux l’étape suivante, Jean de Berry décidant, en 1404, de joindre la seigneurie de Vatan à la dotation de la Sainte-Chapelle de Bourges, dans le cadre de l’accélération de la constitution du patrimoine nécessaire à l’inauguration de cette dernière (1405). Mais la donation se révéla être un cadeau empoisonné : son caractère litigieux, à nouveau avancé, engendra un long procès entre le chapitre de la Chapelle et les seigneurs du Puy, héritiers de Jeanne de Saint-Palais, qui finirent par récupérer la seigneurie, moyennant le remboursement du prix de vente… Jugé caduc par les seigneurs, l’acte demeura dans le fonds de la Sainte-Chapelle, à qui le duc l’avait manifestement remis (Comte de Maussabré, « Généalogies berruyères, Maison de Saint-Palais », dans Mémoires de la Société des Antiquaires du Centre, XIIIe vol. , 1885, p.185-232 (pour Vatan, p. 225-232).

Un acte solennel

On ne peut qu’être frappé par le très grand soin apporté à l’écriture, qui, en dépit d’une certaine cursivité, se caractérise par son élégance. On note ainsi la longueur de certaines hampes (par exemple du « p » de « pour », l. 11), ou encore le traitement appliqué à certaines lettres en fin de mot, à effet décoratif, particulièrement en fin de ligne (voir, entre autres, le « s » de « avons », l. 3, ou le « e » de « mettre », l. 13), afin de respecter la justification.

La composition obéit à des règles strictes, calquées sur celles qui, à la même époque, régissent la production de la chancellerie royale. En effet, l’adoption des usages de cette dernière se manifeste premièrement par la relative rareté des abréviations, de plus majoritairement canoniques : « p(rese)ns », l. 1, « n(ost)re », tout au long du texte, « l(ett)res », l. 7, 8 et 13, « d(i)c(t)e », l. 7 et 9… et toujours facilement identifiables (elles sont le plus souvent légères, le tilde signalant parfois l’absence d’une seule lettre, comme dans « acquisic(i)on », l. 7 et 9, ou « mandeme(n)t », l. 9…, même si on en trouve également de plus sévères, comme « app(ar)tenan(ces) » et « g(e)n(er)alment », l. 6) ; et en second lieu, par le refus de couper les mots en fin de ligne, tout en maintenant un semblant de justification à droite, quitte à abréger et/ou tasser les derniers mots de la ligne : voir par exemple, l.1, «[…] faiso(n)s a touz p(rese)ns (et) aven(ir) » et l. 6, « contenues (et) declariees »). Parcimonie et clarté des abréviations sont, au reste, deux caractéristiques largement partagées par les actes en langue vernaculaire, quel que soit leur auteur.

En outre, l’acte présente, du point de vue de l’écriture, quelques traits notables, qui semblent confirmer le soin apporté à sa réalisation, et qui méritent donc sans doute d’être relevés. On constate ainsi la forme particulière qu’adopte le tilde valant « er », qui, aux l. 4 et 5, vient littéralement envelopper le « t » de « t(re)s » et le « c » de « c(er)taine », ainsi que les « y » pointés (voir, particulièrement, « Gyem » et « Loyre », l. 14).

Toutefois, aucun élément n’est plus révélateur de la solennité de l’acte que la nature du sceau et de son attache, tous deux conservés. En effet, l’acte est scellé en cire verte sur lacs de soie verte, ce qui traduit la perpétuité. On remarque également, sur le repli, les oculi en forme de losange, dessinés par le scribe afin d’indiquer où faire passer les lacs de soie, et finalement délaissés pour une position plus basse.

Le grossissement de certains mots met en majesté la personne ducale (Jehan – duc – comte – nous) et guide la lecture en grossissant la lettre ouvrant telle partie du discours (notification, dispositif, clause injonctive). La pratique est attestée, mais tout aussi épisodiquement, à la chancellerie royale et, sans doute plus fréquemment, dans les actes de juridictions royales ; elle semble imiter l’usage de la chancellerie pontificale, plus ancien et plus systématique.

En bref, l’acte ducal est proche de la « charte » royale (acte solennel à valeur perpétuelle) : mise en page majestueuse, texte justifié à droite, marges plus que généreuses, cire verte ; de même pour la rédaction : suscription isolée, corroboration probatoire. Mais certaines caractéristiques sont ici négligées : soie verte et rouge (et pas seulement verte), quantième non précisé dans la date.


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