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Reconduction pour 10 ans d'une donation faite à la Sainte-Chapelle de Bourges, 1414.

8 G 1450 [TSC 193]

1414, 4 juin. – Paris, hôtel de Nesle.

 

Jean, fils de roi de France, duc de Berry et d’Auvergne, etc., reconduit pour dix autres années la cession à la Sainte-Chapelle de Bourges de droits et biens divers qui lui sont revenus ou lui reviendront dans ses domaines en vertu de ses droits seigneuriaux que l’acte énumère (droits de mortaille, de succession, d’épave, de forfaiture, etc.), cession initialement entérinée par des lettres patentes scellées du grand sceau sur lacs de soie et cire verte et données au château de Dourdan en novembre 1401.

Charte de Jean de Berry

Dossier préparé par Mélissa Barry, sous la direction d'Olivier Guyotjeannin et Olivier Matteoni. 

 

Nous sommes ici en présence d’un acte à la réalisation très soignée. Concernant les caractères externes, on note la grande lisibilité de l’écriture, de même que son élégance, dont témoigne le traitement particulier réservé à certaines lettres en fin de ligne (par exemple le prolongement des « n » finaux, l.3 et 10, du « z » final, l.17, et surtout des « s » finaux, l.6, 16, 20 et 32). De plus, conformément aux usages alors en vigueur à la chancellerie royale française, les abréviations demeurent relativement peu nombreuses et sont du reste essentiellement canoniques (« p(rese)ntes », « l(ett)res », « d(i)c(t)es » et « n(ost)re », tout au long du texte) ou facilement identifiables (le tilde signalant parfois une seule lettre manquante, comme dans « dotac(i)on (et) fondac(i)on », l. 11), à l’exception peut-être de « colla(cion)né » (l.30), qui porte sur un terme technique. De la même façon, le scribe prend soin de ne couper aucun mot en fin de ligne et de respecter la justification du texte à gauche et aussi dans une certaine mesure à droite, ce qui l’oblige toutefois à abréger certains mots en fin de ligne, tels que « treso(rie)r » (l.13), « p(ro)cur(eur)s », (l.20) et « (contra)ires » (l.32). La mise en page du document est également très soignée, comme en témoigne la largeur des marges, très importante à gauche et non négligeable à droite, ainsi que celle du repli. Surtout, on remarque d’emblée le traitement graphique particulier réservé aux deux premières lettres du prénom du duc, et surtout au « J » initial, orné de plusieurs cadelures et qui se déploie dans la marge de gauche, sans toutefois un excessif débordement. De même, d’autres lettres de la première ligne se caractérisent par un trait plus appuyé, soit le « C » de « conte » et les « A » et « T » de « a touz ». On note aussi, sur le repli, l’ornementation du « P » débutant la mention de commandement, ainsi que la très belle signature du secrétaire Jean Flamel, actif à la chancellerie ducale de 1413 à 1416 (R. Lacour, Le gouvernement de l’apanage de Jean, duc de Berry (1360-1416), Paris, 1934, p. xvi, et Fr. Avril, dans Mélanges Pascale Bourgain, à paraître). Cependant, à la différence d’autres actes émanant de la chancellerie ducale, aucun effort graphique particulier n’a été fait ici pour distinguer les différentes parties du discours diplomatique. Enfin, l’acte est scellé sur double queue de parchemin et sur cire rouge. Le sceau, dans un relativement bon état de conservation à l’exception du visage du duc et de la légende, est celui qu’a utilisé Jean de Berry à partir de 1379 et qui le représente en pied et de face dans une niche gothique, flanqué de ses deux emblèmes de l’ours et du cygne (Y. Metman, « Jean de France, duc de Berry, à ses plus belles heures », Club français de la médaille, n° 26, 1er semestre 1970, p.12-17, et M.-A. Nielen, Corpus des sceaux…, t. III, p. 235).

D’autre part, les caractères internes permettent de définir la nature de l’acte. En effet, l’absence de notification posant le commanditaire en majesté au profit du trio suscription-adresse-salut (l.1-2), ainsi que l’emploi d’une corroboration probatoire («En tesmoing de ce… presentes », l.32)  et non perpétuelle, démontre que l’acte est ici coulé dans le moule épistolaire, et relève donc du type diplomatique des « lettres scellées sur double queue de parchemin », en principe sur cire jaune et non rouge (habituellement réservée aux lettres closes), comme c’est apparemment le cas ici. Par ailleurs, l’acte contient un long exposé circonstancié (« Comme […] ny parfaicte », l.11-20), qui rappelle le contenu des « lettres patentes donnees en nostre chastel de Dordan ou mois de novembre mil quatre cens et ung », en détaillant les droits et biens concernés. Si la nature du sceau et de son attache (« scellees de nostre grant seel en laz de soie et cire vert ») permet d’identifier ces dernières comme appartenant au type diplomatique de la charte, ce dernier se caractérise en principe par sa valeur perpétuelle, ce qui ne semble pas être le cas ici, puisque la cession initiale est limitée à une durée de dix ans (« jusques a dix ans a compter de la date d’icelles », l. 4). Par la suite, le discours diplomatique se caractérise encore par une grande précision. En effet, le dispositif reprend verbatim les termes de la charte initiale détaillés dans l’exposé et la décision y est fortement exprimée au moyen du redoublement des verbes, au passé et au futur (« avons donné, cedé, quicté, transpourté et delaissié, donnons, cedons, quictons, transpourtons et delaissons », l.13). De plus, le dispositif est lui-même assorti de différentes clauses destinées à assurer la bonne exécution de l’acte, soit une clause injonctive (« Si donnons en mandement […] au contraire », l.20-24 et « Mandons en oultre […] nostredicte chapelle, l.27-29), une clause prohibitive (« Et si par inadvertance […] n’y obeïssiez en aucune maniere», l.24-27), une clause de décharge (« Et par rapportant […] sanz aucun contredit », l.30-32) qui évoque en outre l’enregistrement d’un vidimus (copie certifiée) de l’acte àla Chambre des comptes de Bourges (« Et par rapportant le vidimus de ces presentes […], collacionné en la chambre de nozdiz comptes une foiz seulement », l.30), et une clause dérogative (« non obstant donnacions […] a ce contraires », l.32).

D’autre part, cet acte présente un intérêt certain d’un point de vue historique, en raison de la date tardive de sa réalisation, qui se situe en 1414, soit deux ans seulement avant la fin du règne de Jean de Berry. De fait, il met en lumière la difficile constitution du patrimoine du chapitre canonial de la Sainte-Chapellede Bourges, initiée vingt-deux ans plus tôt et encore inachevée au moment de la rédaction de l’acte : « ladicte dotacion et fondacion, laquelle, comme nous savons de certain, n’est mie acomplie ny parfaicte » (l.11). De même, on peut peut-être rattacher le souci exprimé par un homme alors âgé de soixante-quatorze ans d’assurer le bon déroulement de l’office religieux dans sa fondation (« nous qui, pour l’augmentacion du divin service et salut de nostre ame, desirons de tout nostre cueur icelle dotacion et fondation de nostredicte chapelle estre parfaicte et acomplie », l.12-13) au sentiment de sa mort prochaine et à son intention d’élire sépulture dans la chapelle, exprimée à partir de 1403-1404 (Cl. Reynaud, « ‘Ad instar capelle regie parisiensis’ : la Sainte-Chapelle de Bourges, le grand dessein du duc de Berry », Bulletin Monumental, vol.162, n°4, 2004, p.289-302). Enfin, on peut noter que ces lettres ont été promulguées à l’hôtel de Nesle, principale résidence parisienne du duc, où il passa le plus clair de ses dernières années et mourut finalement en juin 1416 (Fr. Autrand, Jean de Berry : L’art et le pouvoir, Paris, 2000, p. 307-308).

 

Transcription paléographique

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 Parties du discours

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