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Recherches

Les réfugiés espagnols 1936-1946

La Dépêche du Centre du 5 mars 1939 (cote 1 Z 67)

Préambule

 

Les Archives départementales du Cher reçoivent régulièrement des demandes de renseignements concernant les réfugiés espagnols, les carlistes au XIXe siècle, mais surtout les réfugiés de la guerre d'Espagne.

Le document qui est proposé ci-dessous a donc pour objet de guider au mieux l’usager désirant retracer le parcours d’un réfugié espagnol résidant dans le département du Cher de 1936 à 1946.

En effet, si pour certains fonds (1Z, 1W et 5W), la recherche peut s’effectuer sans trop de difficultés puisqu’ils ont fait l’objet d’un répertoire numérique détaillé, d’autres sources comme la série M et ses sous-séries n’ont pas encore bénéficié de ce travail.

Par ailleurs, outre les articles spécifiques aux réfugiés espagnols, il est aussi possible de trouver d’autres traces en explorant des pistes plus indirectes. En effet, on peut trouver mention de réfugiés espagnols dans des dossiers de demande de cartes d’identité d’étrangers. Une demande de naturalisation, suite à un mariage, par exemple, livrera diverses indications. Un procès-verbal dressé par la gendarmerie en l’absence de sauf-conduit ou pour une carte d’identité périmée peut contenir de précieux renseignements. Enfin, une tentative de franchissement de la ligne de démarcation qui se termine mal apporte aussi son lot de formulaires administratifs intéressants.

Introduction

 

De 1936 à 1939, l’Espagne est déchirée par une sanglante guerre civile. Dès le début de ce conflit, avec la prise du Pays basque par les nationalistes, des réfugiés espagnols gagnent la France. Et c’est ainsi que plusieurs flux et reflux migratoires se succèdent au gré de l’évolution de la situation militaire. Le point culminant de ce grand exode date de 1939 : il est connu aussi sous le nom de Retirada.

En vue d’accueillir les réfugiés espagnols, le gouvernement français multiplie les directives. Dans le département du Cher, 120 réfugiés vont arriver au cours de l’année 1936, suivis de 965 autres en 1937, 162 en 1938 et surtout 3002 en 1939.

Après une certaine improvisation au début, plusieurs centres d’hébergement sont alors mis en place. En 1939, on en compte 8 :

  • Saint-Amand-Montrond, l’abbaye de Noirlac
  • Farges Allichamps, le Château de la Brosse, qui était colonie de vacances de la municipalité de Colombes (ancien département de la Seine)
  • La Guerche-sur-l’Aubois, dans l’ancienne usine Sauvard (tuilerie-briqueterie)
  • Sancoins, dans un ancien atelier de la manufacture de voiture Rétif
  • Sancerre, dans une maison propriété de la municipalité
  • Vouzeron, dans un château colonie de vacances de la fédération de la métallurgie CGT de la région parisienne
  • Charentonnay, château des Trois-Brioux, colonie de vacances de la ville de Vierzon
  • Bruère-Allichamps, à Châteaufer, dans les anciennes écuries de remonte des haras

L’hôpital de Saint-Amand-Montrond est désigné comme centre hospitalier des réfugiés, bien que certains soient aussi soignés à Bourges.

Les départs vers d’autres pays d’accueil vont être encouragés par le gouvernement français, la plupart se faisant en direction d’Amérique Latine. Le retour en Espagne est aussi proposé.

Mais pour ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas partir, il faut trouver un emploi. Si les trois premières années l’insertion dans le tissu économique local de travailleurs espagnols est le fruit d’initiatives privées ou municipales, les choses changent à partir de 1939. En effet, dès le début de l’année, le gouvernement envisage un encadrement de cette main-d’oeuvre. Différents textes législatifs seront pris dans ce but, le premier en date étant le décret Daladier du 12 avril 1939 qui précise les obligations auxquelles sont soumis les étrangers.

Il est donc prévu aux niveaux départemental et communal des chantiers de gros travaux à caractère exceptionnel. En fait, dans le Cher, sur l’ensemble des Espagnols qui trouvent un emploi, ceux qui travaillent dans l’agriculture sont majoritaires. Les Compagnies de Travailleurs Étrangers (CTE) sont aussi créées.

L’entrée en guerre de la France en septembre 1939 va accélérer ce mouvement d’encadrement de la main-d’oeuvre étrangère. La mobilisation laisse en effet de nombreux emplois vacants, et ce dans tous les domaines. Dans le Cher, ce sont particulièrement l’industrie d’armement et l’agriculture qui vont bénéficier de l’apport des réfugiés espagnols. Mais ceux-ci vont aussi venir d’autres départements, de manière individuelle, en petits groupes ou en unités constituées.

Les unités de travailleurs espagnols stationnées dans le Cher au début la Seconde Guerre mondiale sont les suivantes :

  • 180e et 196e CTE, aux Établissements d'expériences techniques de Bourges
  • compagnie 114, Ministère de l'Air, Dun-sur-Auron (163e selon la « nomenclature Guerre », la dénomination 2/114 apparaît aussi sur un document de février 1940)

Il est à noter qu’une 19e CTE est mentionnée sur liste officielle du 1er mai 1940, mais aucune mention n'en a été retrouvée pour l'instant dans les documents présents aux Archives départementales du Cher.

Chaque compagnie comprend environ 250 travailleurs. Ainsi, sur un document apparaît la mention suivante : "196e CTE, 250 travailleurs réfugiés Espagnols quittent le camp d'Argelès le 24/01/1940 pour Bourges".

Après la défaite, sous le gouvernement de Vichy, les CTE sont remplacées par des Groupes de Travailleurs Étrangers (GTE).

Dans le Cher, en zone non occupée, il existe un 147e GTE, d'abord installé à Cosne-d'Allier, puis transféré dans le hameau de Baranthaume, commune de Saint-Germain-des-Bois. Il se compose au début uniquement de travailleurs espagnols. Ce groupement doit exploiter une forêt et produire du charbon de bois. Le 28 décembre 1940, un détachement précurseur est à pied d'œuvre afin de procéder à l'installation des baraques du camp. Début 1941, le reste du 147e GTE s'installe à demeure. De nombreux travailleurs étrangers seront aussi détachés dans diverses communes chez des particuliers ou au sein d’entreprises afin de travailler dans l’agriculture ou l’industrie. Même si des étrangers d’autres nationalités, en particulier des Polonais, ont intégré le 147e GTE, au 8 avril 1943, les Espagnols sont encore au nombre de 247. Puis, à partir de fin 1943, beaucoup seront envoyés sur les chantiers de l’organisation Todt.

                                                                                  Didier ARNOLD

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