1817 : c'est la rentrée !

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Déjà, la jeune Elisabeth Barbarin attendait anxieusement son bulletin de notes...

Cet été, en classant des papiers achetés en vente publique, les archivistes sont tombés en arrêt devant un bulletin de notes daté de février 1817. En cette période de rentrée, il fallait vous le faire découvrir... 

 

Ce bulletin concerne Elisabeth Barbarin ou "Elisa", née à Saint-Amand-Montrond en 1805. Appartenant à la bonne société locale, elle étudie à Bourges, en pension, dans le couvent des Augustins où existe alors un cours privé tenu par les époux Charmeil. La devise de cette honorable maison ? "Les plus heureuses dispositions restent souvent nulles, faute de stimulant". 

 

Les appréciations portées sur le compte d'Elisa sont représentatives de ce qui est attendu des femmes dans la bourgeoisie du début du XIXe siècle : les disciplines intellectuelles - lecture, grammaire, arithmétique ou géographie - sont présentes, toutes notées "en progrès", mais elles n'ont pas plus d'importance que le sens de l'ordre, la propreté et les vertus morales - piété, docilité, prévenance, décence et politesse. Il s'agit de préparer les filles à leur rôle d'épouse et de mère de famille, et pas de leur trouver un emploi ou de cultiver leur curiosité pour le monde. 

 

D'après ses maîtres, Elisa Barbarin  "est douée d'une très grande facilité. Son application à ses devoirs est soutenue. Sa conduite religieuse est très satisfaisante et sa conduite morale le serait également si elle avait un peu moins de présomption, ce dont elle commence cependant à se corriger. Au reste, elle a tout ce qu'il faut, étant bien dirigée, pour devenir estimable et intéressante, pour remplir vos vues et faire honneur à notre institution."

 

Elisa Barbarin s'est mariée en 1824 à Jean Joseph Bidault, avocat à Saint-Amand-Montrond, son aîné de neuf ans. Dans les années 1830-1840, ce dernier comptait parmi les figures les plus en vue de l'opposition libérale et républicaine dans le Cher. Il était en relation épistolaire avec Prosper Duvergier de Hauranne, George Sand ou Michel de Bourges. Nommé commissaire du gouvernement sous la IIe République, il se rallia à Louis Napoléon Bonaparte et devint député jusqu'à sa mort en 1854.

 

Resté sans descendance, le couple Barbarin-Bidault a laissé une correspondance abondante, qui va bien au-delà des sujets domestiques et traite librement de la politique et du mouvement des idées, ce qui tendrait à prouver que l'éducation reçue à Bourges avait porté ses fruits ! 

 

Pour en savoir plus sur l'éducation des filles dans le Cher au XIXe siècle, voir Suzanne Marioton, "Cours privés pour jeunes demoiselles à Bourges au XIXe siècle", dans Cahiers d'archéologie et d'histoire du Berry, n° 142, juin 2000, p. 3-34 (PER 602/25).

 

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